Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/61

Cette page a été validée par deux contributeurs.

pour exprimer la situation d’âme de la garde royale. Elle a fait noblement son devoir, mais à contre-cœur. — Tant qu’une armée existera, l’obéissance passive doit être honorée. — Mais c’est une chose déplorable qu’une armée.


29 août. — Revue de la garde nationale au Champ-de-Mars. J’ai commandé assez militairement le quatrième bataillon de la première légion. — Le roi Louis-Philippe Ier, après avoir passé devant le front du bataillon, a arrêté son cheval, m’a ôté son chapeau et m’a dit :

— Monsieur de Vigny, je suis bien aise de vous voir et de vous voir là. Votre bataillon est très-beau, dites-le à tous ces messieurs de ma part, puisque je ne peux pas le faire moi-même.

Je l’ai trouvé beau et ressemblant à Louis XIV — à peu près comme madame de Sévigné trouvait Louis XIV le plus grand roi du monde, après avoir dansé avec lui.


Si je faisais le roman que je projette de la Vie et la Mort d’un soldat. Pensée. — L’obéissance passive, — le martyre d’un soldat. — Je plaiderais entre lui et le second personnage une actrice qui le suit partout et qui lui raconte la vie de son frère, qui a suivi une carrière poli-