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les français. — Tout Français, ou à peu près, naît vaudevilliste et ne conçoit pas plus haut que le vaudeville.

Écrire pour un tel public, quelle dérision ! quelle pitié ! quel métier !

Les Français n’aiment ni la lecture, ni la musique, ni la poésie. — Mais la société, les salons, l’esprit, la prose.


la gloire. — J’ai cru longtemps en elle ; mais, réfléchissant que l’auteur du Laocoon est inconnu, j’ai vu la vanité.

Il y a, d’ailleurs, en moi quelque chose de plus puissant pour me faire écrire, le bonheur de l’inspiration, délire qui surpasse de beaucoup le délire physique correspondant qui nous enivre dans les bras d’une femme. La volupté de l’âme est plus longue… L’extase morale est supérieure à l’extase physique.


du christ. — L’humanité devait tomber à genoux devant cette histoire, parce que le sacrifice est ce qu’il y a de plus beau au monde, et qu’un Dieu né sur la crèche et mort sur la croix dépasse les bornes des plus grands sacrifices.