Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/45

Cette page a été validée par deux contributeurs.

présenté les portraits vulgaires : sa taille est grande, mince et un peu voûtée ; son épaule droite est un peu penchée vers le côté où il boite ; sa tête a conservé encore quelques cheveux blancs, ses sourcils sont blancs et couvrent deux yeux bleus, petits, fatigués mais très-doux, attendris et humides, annonçant, à mon avis, une sensibilité profonde. Son teint est clair comme celui de la plupart des Anglais, ses joues et son menton sont colorés légèrement. Je cherchai vainement le front d’Homère et le sourire de Rabelais que notre Charles Nodier vit avec son enthousiasme sur le buste de Walter Scott, en Écosse ; son front m’a semblé, au contraire, étroit, et développé seulement au-dessus des sourcils ; sa bouche est arrondie et un peu tombante aux coins. Peut-être est-ce l’impression d’une douleur récente ; cependant, je la crois habituellement mélancolique comme je l’ai trouvée. On l’a peint avec un nez aquilin : il est court, retroussé et gros à l’extrémité. La coupe de son visage et son expression ont un singulier rapport avec le port et l’habitude du corps et des traits du duc de Cadore, et plus encore du maréchal Macdonald, aussi de race écossaise ; mais, plus fatiguée et plus pensive, la tête du page s’incline plus que celle du guerrier.

Lorsque j’ai abordé sir Walter Scott, il était occupé à écrire sur un petit pupitre anglais de bois de citron, enveloppé d’une robe de chambre de soie grise. Le jour