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pour la deuxième consultation. — Tous les crimes et les vices viennent de faiblesse.

Ils ne méritent donc que la pitié !


Je reviens à l’idée de la deuxième consultation.

Voici la vie humaine.

Je me figure une foule d’hommes, de femmes et d’enfants, saisis dans un sommeil profond. Ils se réveillent emprisonnés. Ils s’accoutument à leur prison et, s’y font de petits jardins. Peu à peu, ils s’aperçoivent qu’on les enlève les uns après les autres pour toujours. Ils ne savent ni pourquoi ils sont en prison, ni où on les conduit après et ils savent qu’ils ne le sauront jamais.

Cependant, il y en a parmi eux qui ne cessent de se quereller pour savoir l’histoire de leur procès, et il y en a qui en inventent les pièces ; d’autres qui racontent ce qu’ils deviennent après la prison, sans le savoir.

Ne sont-ils pas fous ?

Il est certain que le maître de la prison, le gouverneur, nous eût fait savoir, s’il l’eût voulu, et notre procès et notre arrêt.

Puisqu’il ne l’a pas voulu et ne le voudra jamais, contentons-nous de le remercier des logements plus ou moins bons qu’il nous donne, et, puisque nous ne pouvons nous soustraire à la misère commune, ne la rendons pas double