Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/32

Cette page a été validée par deux contributeurs.

par les idées qu’ils expriment, soit par le jour qu’ils jettent sur la physionomie du poëte. Ses réflexions, en général, sont moins remarquables par l’absolue justesse, qui peut en être souvent contestée, que par la haute et profonde originalité, la finesse pénétrante, la poétique couleur ; et toujours s’y révèlent son esprit délicat, même quand il est un peu chimérique, et son âme fière mais tendre, attristée mais douce, défiante du ciel silencieux autant que de la terre bruyante, toujours excellente et toute pure.

Sauf quelques notes à peu près indispensables, je ne mêlerai à ces fragments intimes aucune réflexion : ils portent en eux-mêmes leur meilleur commentaire, et l’avantage éventuel de souligner par quelques remarques critiques plus ou moins ingénieuses la pensée du poëte ne vaudrait pas pour le lecteur le dommage de l’interrompre.

Qu’on ne se méprenne pas cependant. Ce n’est pas une œuvre de lui que je donne, car alors je ne me croirais pas permis d’y coudre même ce chapitre préliminaire. Alfred de Vigny a mis le signet à l’œuvre signée de son nom après le volume des Destinées, et, pour obéir à ses intentions formellement exprimées, de même qu’il n’a voulu sur sa tombe d’autre éloquence que les larmes des cœurs fidèles, aucune préface, aucune étude de critique littéraire ne s’installera