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Si on y cherche un intérêt anecdotique et commun, on ne l’y trouvera guère. Mais on n’y trouvera pas davantage d’attaque ou d’insinuation blessante contre personne, de ces flèches empoisonnées, traits de Parthe des mémoires posthumes. Il a pensé sans doute à M. Molé, quoiqu’il ne l’ait pas nommé dans sa pièce les Oracles, publiée depuis sa mort dans les Destinées ; mais il espérait bien publier ces poésies lui-même, et je me souviens qu’un jour il me disait : « J’ai félicité aujourd’hui M. Guizot du dernier volume de ses beaux Mémoires ; mais je l’ai félicité d’abord d’avoir noblement publié ses Mémoires de son vivant. » Le respect de soi-même a cela de bon qu’il nous maintient dans le respect d’autrui. Il écrivait dans une note du 31 décembre 1833 : « L’année est écoulée. Je n’ai pas écrit une ligne contre ma conscience ni contre aucun être vivant. » Il aurait pu signer cela chaque année de sa vie.

Ce qu’on recueillera dans ces mémoires de son imagination et de sa pensée, ce sont ses idées, ses vues sur toutes choses : philosophie, politique, littérature ; ses doutes et ses convictions invariables, son esprit et son cœur, tout cela réfléchi dans ces notes éparses comme dans les morceaux brisés d’un pur miroir. Parmi ces fragments souvent exquis, il en est peu qui n’aient de la valeur, soit en eux-mêmes et