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ses memento, ses impressions courantes sur les hommes, sur les choses surtout, ses pensées sur la vie et sur l’art, la première idée de ses œuvres faites ou à faire. Et, quelques jours avant sa mort, il me dit : « Vous trouverez peut-être quelque chose là. » J’y ai trouvé l’homme tout entier. Il a écrit ici pour lui-même, non pas sans couleur et sans style, il ne pouvait, mais sans apprêt, avec une entière candeur. On l’y surprend dans sa parfaite ressemblance dans sa vive et haute originalité. Il y poursuit, sans souci du public, sans témoin que sa conscience, un monologue intime plein d’intérêt. On a, en général, bien jugé l’écrivain ; on a estimé le poëte à son prix ; mais l’homme, si honoré qu’il soit, n’est pas encore bien connu. Est-ce une entreprise téméraire d’entr’ouvrir, en laissant lire dans son journal, la perte de ce religieux de la poésie et de l’art et de montrer ce qu’était au naturel Alfred de Vigny ?

Rien, on le sait, n’est plus intéressant que ce genre de publication intime où l’on voit de tout près une figure d’écrivain célèbre qu’on n’a pu guère qu’imaginer d’après ses œuvres ou de sèches et inexactes biographies. L’intérêt est plus rare lorsqu’il s’agit d’un homme comme Alfred de Vigny, qui s’est retranché dans la solitude, connu