Page:Vigny - Journal d’un poète, éd. Ratisbonne, 1867.djvu/28

Cette page a été validée par deux contributeurs.

Rien n’est fait aujourd’hui, tout sera fait demain,

n’en abandonnant aucune et n’en finissant aucune : scrupule d’artiste amoureux de la perfection, dédain tout ensemble et appréhension du public vulgaire, langueur secrète aussi ; car sa vie intime était, je l’ai dit, pleine d’amertume, et il était lui-même blessé aux sources de la vie.

Il avait projeté une suite à Éloa, dont la conception était fort belle. Il avait rêvé bien d’autres poëmes : on verra dans ce volume des traces de ces rêves. Deux nouvelles consultations du Docteur noir devaient suivre la première. Il avait entrepris un grand roman, les Français en Égypte, dont Bonaparte était le héros, et une grande comédie en vers sur Regnard ; enfin, sur trois romans historiques commencés, il avait écrit quelques mois avant sa mort : « À brûler après moi. » Nul doute que ces œuvres, s’il avait pu ou voulu les achever, n’eussent ajouté à sa gloire.

J’arrive à ce que j’appelle le Journal du Poëte.

Alfred de Vigny me montrait quelquefois dans sa bibliothèque de nombreux petits cahiers cartonnés, où il avait depuis longtemps jeté au jour le jour ses notes familières,