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Alfred de Vigny tout nouveau et comme la révélation inattendue d’une pensée qu’on n’aurait pas soupçonnée. Il n’est pas difficile de rattacher cette poésie empreinte d’une si haute mélancolie, qui a dit avec une calme douleur et un sourire si triste la colère de Samson et les vaines interrogations du Christ sur le mont des Oliviers, à l’inspiration d’où naquit autrefois Moïse et même Éloa. Cinq-Mars aussi et Stello sont, de Vigny l’a reconnu lui-même, les chants d’une sorte de poëme épique sur la désillusion, ruines sur lesquelles il voulait élever la sainte beauté de la pitié, de la bonté, de l’amour et la mâle religion de l’honneur. Alfred de Vigny a toujours été le poëte le plus penseur de ce siècle, et la direction de sa pensée, dont le stoïcisme avec l’incrédulité aux dogmes religieux fait le fond, quoique plus accusée à la fin, n’a jamais varié.

Les Destinées sont le seul ouvrage achevé qu’Alfred de Vigny ait laissé après lui, et je l’ai publié, suivant sa volonté, sans en retrancher un vers, sans y ajouter ni une note ni une préface. Sa solitude avait vu naître bien d’autres œuvres ; j’ai eu dans les mains les débris de quelques-unes de celles qu’il caressait, romans ou poëmes, disant comme André Chénier :