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1839


19 FÉVRIER. — Décidément, le papier ne donne pas de bonheur, dit Stello. J’y ai mis tout ce qu’on y peut mettre en public, poëmes, livres, pièces de théâtre, et je n’en suis pas plus gai.


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LA MISÈRE. — Oui. dit Stello, je la hais, je hais la misère, non parce qu’elle est la privation, mais parce qu’elle est la saleté. Si la misère était ce que David a peint dans les Horaces, une froide maison de pierres, toute vide, ayant pour meubles deux chaises de pierre, un lit de bois dur, une charrue dans un coin, une coupe de bois pour boire de l’eau pure et un morceau de pain sur un couteau grossier, je bénirais cette misère parce que je suis stoïcien. Mais, quand la misère est un grenier avec une sorte de lit à rideaux sales, des enfants dans des berceaux d’osier, une soupe sur un poêle et du beurre sur les draps, dans