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jugé possible qu’autant que nul membre ne tiendrait au gouvernement, ajoutant que, par son influence corruptrice, un homme venant du pouvoir en entraîne dix dans ce peuple valet, comme l’a dit tristement Paul-Louis Courier. Il me promet de proposer ce jury quand viendront les discussions du budget. Je lui ai demandé s’il était toujours occupé de l’Orient, Il se montre enthousiasmé des malheurs des mahométans et les regarde comme plus civilisés que nous, à cause de la charité extrême en eux. — Cependant, lui dis-je, l’islamisme n’est qu’un christianisme corrompu, vous le pensez bien. — Un christianisme purifié ! me dit-il avec chaleur. Il ne m’a fallu que quelques mots pour lui rappeler que le Coran arrête toute science et toute culture ; que le vrai mahométan ne lit rien, parce que tout ce qui n’est pas dans le Coran est mauvais et qu’il renferme tout. — Les arts lui sont interdits parce qu’il ne doit pas créer une image de l’homme. — Je lui propose de rédiger en forme de pétition un projet de loi en faveur des poètes faibles et distraits comme la Fontaine. La rédaction en serait à peu près celle-ci : « Si un poëte a produit une œuvre qui obtienne l’admiration générale, il recevra une pension alimentaire de deux mille francs. Si, après cinq ans, il produit une œuvre égale à la première, sa pension lui sera allouée pour sa vie en-