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voix des maîtres ; on était pressé de finir les logarithmes et les tropes et d’arriver, sur quelque champ de bataille, à l’étoile de la Légion d’honneur, « la plus belle étoile des cieux pour des enfants. » L’Empire tomba. Alfred de Vigny, à peine âgé de seize ans, s’engagea dans les gendarmes de la garde. Il fit partie d’une compagnie composée de jeunes gens de famille ayant tous le grade de sous-lieutenant. Il eut un beau cheval et de belles parades au champ de Mars, mais de champ de gloire, point. Lors du retour de l’île d’Elbe, et encore mal remis d’une chute de cheval qui lui avait brisé la jambe, il accompagna Louis XVIII jusqu’à Béthune, où le roi licencia la compagnie dont il faisait partie. À la seconde Restauration, le jeune officier, qui avait été interné à Amiens pendant les Cent-Jours, entra dans la garde royale à pied et fut nommé capitaine. Mais les rêves de gloire guerrière qui avaient enflammé son imagination d’enfant pendant le tourbillon impérial, il fallait leur dire adieu. Il les voyait s’évanouir un à un avec les dernières fumées des champs de bataille. Alors, la muse qui songeait dans le cœur de ce capitaine adolescent et le préservait des trivialités de la vie de garnison se mit à chanter. De cette époque sont datées quelques imitations gracieuses de l’antiquité grecque, dont il s’inspirait d’abord,