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1838



JANVIER 1838. — Hélas ! toujours la même vie ! Je quitte le chagrin pour la maladie et la maladie pour le chagrin.

26 MARS. — La veille du jour de ma naissance, visité la tombe de ma mère. — J’étais avec Antony Deschamps. Je l’ai prié de me quitter et je m’y suis rendu seul.

Le terrain n’a pas été gâté par les pluies. Il m’a semblé la visiter encore comme je faisais tous les jours et tous les soirs dans son lit en ouvrant ses rideaux. Mes idées étaient plus douces et mes émotions moins cruelles que je ne l’aurais cru. J’ai entendu en fermant les yeux sa voix douce et harmonieuse qui me disait : « Bonjour, mon enfant ! » et je me suis retracé ces moments, les plus heureux peut-être de ma vie, où je me mettais à genoux près d’elle et où elle me caressait les cheveux avec ses deux mains.

J’ai commandé une pierre faite en forme de toit pour