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était fini. Je ne sais qui m’a soulevé, j’étais à genoux près de son lit. Avez-vous reçu dans votre sein cette âme vertueuse, ô mon Dieu ? Soutenez-moi dans cet espoir, que ce ne soit pas un passager désir, qu’il devienne une foi fervente ! Depuis quatre ans, j’avais reçu ses continuelles tendresses et des adieux intérieurement destinés à moi, mais qu’elle n’osait exprimer pour ne pas trop s’attendrir. Là sont mes consolations secrètes. Ses mots échappés nourrissent mon amour pour elle et apaisent un peu ma douleur ; mais pourquoi ne plus entendre sa voix ? Le 9 de ce mois, un samedi, selon ma coutume, j’avais fait porter chez elle mon déjeuner ; elle était riante et assise dans son fauteuil favori, les pieds sur son tabouret, me regardant avec son air bienheureux. Elle se mit à dire des vers en cherchant un vieil air et répéta quatre fois ces vers que j’écrivis, les larmes aux yeux :

Une humble chaumière isolée
Cachait l’innocence et la paix.
Là vivait, c’est en Angleterre,
Une mère dont le désir
Était de laisser sur la terre
Sa fille heureuse, et puis mourir

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