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amitié. L’illustre écrivain a recommandé, il a fait plus, il a légué ses belles œuvres en toute propriété, comme un père à son fils, comme un frère aîné à son frère, à l’humble homme de lettres, son ami : poétique héritage, don touchant et rare, comme tout ce qui venait de lui. Je craindrais de n’en pas paraître digne et de n’en pas laisser voir assez de gratitude si je n’en montrais quelque fierté, si je ne me parais comme d’une couronne, ô mon cher maître, du témoignage de ta glorieuse amitié [1] !

» Que ce lien personnel de piété reconnaissante qui m’attache à lui ne diminue pas sous ma plume l’autorité de son éloge et ne mette pas en garde contre moi. Une atteinte à la vérité, même pour le louer, offenserait la mémoire du gentilhomme qui ne mentit jamais.

» Au surplus, je ne veux pas entrer devant le public dans le détail de cette vie si pure, toute à la poésie et au devoir, mais qu’il cachait avec une réserve pudique et même un peu farouche. Je l’ai vu, il y a quelques jours à peine, ayant quitté dans sa cellule « le camail de l’étude » pour le linceul de la tombe : je ne veux que le regarder encore une fois et rappeler à la France ce qu’elle a perdu.

  1. Voir, à la fin de ce volume, l’Appendice.