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sont sillonnées intérieurement. — L’énorme quantité de cervelle que nous avons, fait notre empire sur les animaux. Le lion, l’éléphant même n’en ont pas la moitié. La cervelle, divisée en quatre parties peu distinctes, est un amas de graisse sillonnée de lignes rouges et semblable à une éponge. Ses cavités sont nombreuses ; il les a ouvertes devant moi. — Il m’a semblé plus que jamais qu’une seule formation préside à toute chose et que la tête humaine est une boule semblable à la terre. Nos os sont les rochers ; nos chairs, le sol gras et humide ; nos veines, les fleuves et les mers ; nos cheveux, les forêts. Je n’ai éprouvé aucune horreur à cette vue, mais seulement une vive curiosité et une admiration religieuse pour ce perpétuel miracle de la vie.

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LA TRAGÉDIE FRANÇAISE. — Le genre bâtard, c’était la tragédie faux antique de Racine. Le drame est vrai, puisque, dans une action tantôt comique, tantôt tragique, suivant les caractères, il finit avec tristesse comme la vie des hommes puissants de caractère, énergiques de passion. Le drame n’a été appelé bâtard que parce qu’il n’est ni comédie ni tragédie, ni Démocrite rieur, ni Heraclite