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UNE FABLE. — Un houmme est condamné à mort après un crime, un assassinat. — un an s’écoule entre la condamnation et l’exécution. Échappé à l’étranger et grandi dans sa vie. Dans cet intervalle, il devient illustre et vertueux. — Le jour arrive, on l’arrête, on l’exécute. La loi le tue en santé, lui donne la mort en pleine vie, la honte en pleine gloire. Donc, les juges condamnent un scélérat ; mais le bourreau tue un homme régénéré, moral et chrétien.

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Les criminalisles de tous les temps ont déclaré que la vengeance n’était pas le but de la loi pénale, qui, dans sa rigueur, ne se propose que de prévenir le retour du mal : tel est l’esprit chrétien. Si tel est l’esprit chrétien sur la terre, pourquoi a-t-il un autre esprit pour le ciel, en fondant les peines éternelles qui ne sont qu’une éternelle vengeance ?

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Ce matin, j’ai trouvé M. Magistel, jeune médecin, étudiant chez lui un cerveau dans un crâne sur une table. J’ai passé deux heures avec lui à examiner cela. Les bosses extérieures du crâne sont représentées à l’intérieur par autant de cavités égales, les veines même