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Une des choses qui m’ont le plus touché dans les Mémoires de Sainte-Hélène, c'est que ce pauvre Napoléon ne pouvait pas obtenir un exemplaire de Polybe, pour y lire des instructions imaginaires sur la guerre qu’il n’aurait plus jamais le plaisir de faire.

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Las des compositions trop tortillées, je viens d’en faire une de celles dont on peut dire : C’est une idée — comme de Chatterton. — Il n’y a rien de compliqué — c’est tout simple. Un caractère développé et voilà tout ; je ne sais pas comment on jugera d’abord le capitaine Renaud ; mais je suis sûr que, plus tard, si ce n’est dès à présent, on sentira qu’il représente le caractère de l’officier éclairé actuel, comme il doit être.

Je l’ai écrit du 22 juillet au 11 août 1835.

Je ne sais pourquoi j’écris. — La gloire après la mort ne se sent probablement pas ; dans la vie, elle se sent bien peu. L’argent ? Les livres faits avec recueillement n’en donnent pas. — Mais je sens en moi le besoin de dire à la société les idées que j’ai en moi et qui veulent sortir.

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IL n’y a que le mal qui soit pur et sans mélange de bien. Le bien est toujours mêlé de mal. L’extrême bien fait mal. L’extrême mal ne fait pas de bien.