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dans leur tête. Doués d’un peu plus de force, ils s’assoiraient ou se coucheraient pour penser.

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Nous nous plaignons qu’il n’y a pas de foi politique en France. Eh ! de quoi nous plaignons-nous ? N’est-ce pas la preuve la meilleure de l’esprit infiniment subtil qui règne dans la nation ? Elle sent le vrai partout, et où il manque, elle dit qu’il n’y a rien. Or aucun parti ne satisfait ses besoins actuels, ni ne leur donne le moindre espoir éloigné. Il n’y a de foi polilique en un gouvernement que dans les esprits bornés.

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Plus le cerveau est intérieurement occupé, plus la face est immobile. La demi-occupation, l’élan, le sentiment se peignent seuls sur la figure. Le travail intérieur absorbe les forces au dedans et pâlit le front et les joues.

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J’aime peu la comédie, qui tient toujours plus ou moins de la charge et de la bouffonnerie. Il est plus philosophique de faire conclure pour l’idée dominante du livre, sans effort et par la présence et l’action simple et naturelle des personnages.

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