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CHAPITRE II.
ARCÉSILAS.


Les anciens distinguaient parfois jusqu’à cinq académies[1] : celle de Platon, celle d’Arcésilas, celle de Carnéade et de Clitomaque, celle de Philon et de Charmide, celle d’Antiochus. Une tradition plus autorisée[2] à laquelle nous nous conformerons, n’en distingue que deux : l’Ancienne et la Nouvelle, celle de Platon, et celle d’Arcésilas.

L’ancienne Académie n’ajouta rien d’essentiel à la doctrine de Platon[3] ; elle se borna à la développer et à la commenter. Speusippe et Xénocrate[4], reprenant une division de la philosophie en trois parties, déjà indiquée par Platon, s’attachèrent à exposer méthodiquement la pensée du maître, en s’aidant à la fois de ses livres et des souvenirs de son enseignement ; Xénocrate pencha davantage vers les mathématiques et introduisit nombre d’éléments pythagoriciens dans le platonisme ; Polémon, Cratès, Cranter, négligeant un peu la métaphysique, se préoccupèrent surtout de la morale. Mais le caractère commun à tous ces philosophes fut qu’ils s’efforcèrent de faire du platonisme un corps de doctrine, de l’approprier à l’enseignement[5].

  1. Sextus, P., I, 220. Cf. Numénius, ap. Euseb., Prœp. evang.'', XIV, iv, 16.
  2. Cic. De Orat., III, xviii, 67 ; Ac., I, xii 46 ; De Fin., V, iii, 7 ; Varro, ap. Augustin. De civ. Dei, XIX, i, 3.
  3. Diog., IV, i ; Cic, Ac., I, ix, 34.
  4. Sext., M., VIII, 16.
  5. Cic. Ac., I, iv, 17 : « Sed utrique (Aristoteles et Xenocrates), Platonis ubertate completi, certam quamdam disciplinæ formulam composuerunt, et eam quidem plenam ac refertam : illam antem Socraticam dubitationem de omnibus rebus, et nulla affirmatione adhibita, consuetudinem disserendi reliquerunt. Ita facta est, quod Socrates minime probabat, ars quædam philosophiæ, et rerum ordo, et descriptio disciplinæ. »