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CHAPITRE XVIII

Séjour de plus de trois ans à Paris. — Impression de toutes mes tragédies. — Je fais imprimer en même temps plusieurs autres ouvrages à Kehl.


Je commençais à peine à me rétablir un peu, quand l’abbé de Caluso, dont le poignet était guéri depuis long-temps, et qui avait des occupations littéraires à Turin, où il était secrétaire de l’Académie des sciences, voulut faire une excursion à Strasbourg avant de repartir pour l’Italie. J’étais encore convalescent, mais pour jouir plus longtemps du plaisir de le voir, je résolus de l’accompagner. Mon amie se mit du voyage, qui eut lieu au mois d’octobre. Nous allâmes, visiter entre autres merveilles,la fameuse imprimerie de Kehl, magnifiquement établie par M. de Beaumarchais avec les caractères de Baskerville, qu’il avait achetés lui-même, le tout pour imprimer les œuvres complètes de Voltaire. La beauté de ces caractères, le soin des ouvriers, et l’heureux à-propos qui faisait que j’avais fort connu M. de Beaumarchais à Paris, me donnèrent l’idée de profiter de son établissement pour y imprimer toutes celles de mes œuvres qui n’étaient pas des tragédies, et pour lesquelles je pouvais avoir à craindre l’humeur habituelle de la censure, que l’on rencontrait aussi en France, où elle n’était alors guère moins fâcheuse qu’en Italie. J’ai toujours éprouvé une excessive répugnance à subir