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se trouver satisfaite, car on distingua surtout mes beaux chevaux anglais, qui l’emportaient en force en beauté, sur tous ceux qu’on avait pu voir en pareille rencontre ; mais au milieu d’une jouissance si puérile et si trompeuse, je vis, à mon grand désespoir, que dans cette Italie morte et corrompue, il était plus facile de se faire remarquer par des chevaux que par des tragédies.





CHAPITRE XVI

Second voyage en Alsace, où je me fixe. — Conception et développement des deux Brutus, et de l’Abel. — Études reprises avec chaleur.


Sur ces entrefaites mon amie était partie de Bologne et avait pris, au mois d’avril, la route de Paris. Décidée à ne plus retourner à Rome, elle ne pouvait se retirer nulle part plus convenablement qu’en France, où elle avait des parens, des relations, des intérêts. Après être restée à Paris jusque vers la fin du mois d’août, elle revint en Alsace, dans la même villa où nous nous étions réunis, l’année précédente. Je laisse à juger avec quelle joie, quel empressement, dès les premiers jours de septembre, je pris, pour me rendre en Alsace, la route ordinaire des Alpes Tyroliennes. Mon ami que j’avais perdu à Sienne, ma bien-aimée qui désormais allait vivre hors de l’Italie, me déterminèrent aussi à ne pas y demeurer plus long-temps. Je ne voulais pas alors,