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CHAPITRE XII.

Troisième voyage en Angleterre, uniquement pour y acheter des chevaux.


Je quittai Sienne vers le milieu d’octobre, et je pris la route de Gènes par Pise et Lerici. Gori m’accompagna jusqu’à Gènes, où nous nous séparâmes au bout de deux ou trois jours. Il repartit pour la Toscane, et je m’embarquai pour Antibes. Je fis le trajet en très-peu de temps, un peu plus de dix-huit heures ; mais il ne fut pas sans danger, et je passai toute la nuit dans une espèce de crainte. La felouque était petite, et j’y avais embarqué ma voiture, qui lui faisait perdre l’équilibre ; le vent ni la mer n’étaient bons, et j’eus là d’assez mauvais momens. À peine débarqué, je repartis pour Aix, où je ne séjournai pas ; je ne m’arrêtai qu’à Avignon, où j’allai visiter avec transport la délicieuse solitude de Vaucluse. La Sorgue reçut mes larmes dans son sein, larmes où il n’entrait ni feinte ni imitation, mais qui coulaient bien de mon cœur. Ce jour-là, je fis quatre sonnets en allant à Vaucluse, et pendant que j’en revenais ; et ce fut un des jours les plus heureux et en même temps un des plus douloureux que j’aie passés en ce monde. En quittant Avignon, je voulus visiter la célèbre chartreuse de Grenoble, partout répandant mes larmes ; j’allai recueillant une foule de vers sur ma route, jusques à Paris, où j’arrivai pour la troisième fois. Cet im-