Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/73

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


perdu sous ces latitudes effrayantes ! Enfin, puisqu’il faut y aller, on ira ! mais jusqu’où ? Est-ce au pôle ?

— Et pourquoi pas ? » s’écria le docteur.

La supposition de cette tentative insensée fit hausser les épaules au maître d’équipage.

« Enfin, reprit James Wall, pour en revenir au capitaine, s’il existe, je ne vois guère, sur la côte du Groënland, que les établissements de Disko ou d’Uppernawik où il puisse nous attendre ; dans quelques jours, nous saurons donc à quoi nous en tenir.

— Mais, demanda le docteur à Shandon, n’allez-vous pas faire connaître cette lettre à l’équipage ?

— Avec la permission du commandant, répondit Johnson, je n’en ferais rien.

— Et pourquoi cela ? demanda Shandon.

— Parce que tout cet extraordinaire, ce fantastique, est de nature à décourager nos hommes. Ils sont déjà fort inquiets sur le sort d’une expédition qui se présente ainsi. Or, si on les pousse dans le surnaturel, cela peut produire de fâcheux effets, et au moment critique nous ne pourrions plus compter sur eux. Qu’en dites-vous, commandant ?

— Et vous, docteur, qu’en pensez-vous ? demanda Shandon.

— Maître Johnson, répondit le docteur, me paraît sagement raisonner.

— Et vous, James ?

— Sauf meilleur avis, répondit Wall, je me range à l’opinion de ces messieurs. »

Shandon se prit à réfléchir pendant quelques instants ; il relut attentivement la lettre.

« Messieurs, dit-il, votre opinion est certainement fort bonne ; mais je ne puis l’adopter.

— Et pourquoi cela, Shandon ? demanda le docteur.

— Parce que les instructions de cette lettre sont formelles ; elles commandent de porter à la connaissance de l’équipage les félicitations du capitaine ; or, jusqu’ici, j’ai toujours obéi aveuglément à ses ordres, de quelque façon qu’ils me fussent transmis, et je ne puis…

— Cependant… reprit Johnson, qui redoutait justement l’effet de semblables communications sur l’esprit des matelots.

— Mon brave Johnson, repartit Shandon, je comprends votre insistance ; vos raisons sont excellentes, mais lisez :

« Il vous prie d’en témoigner sa reconnaissance à l’équipage. »