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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/465

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« Ainsi donc, dit le docteur, voici notre position exacte ; nous avons atteint le Lincoln-Septentrional, précisément au cap Eden ; nous entrons dans le détroit de Jones ; avec un peu plus de bonheur, nous l’aurions trouvé libre jusqu’à la mer de Baffin. Mais il ne faut pas nous plaindre. Si mon pauvre Hatteras eût rencontré d’abord une mer si facile, il fût arrivé rapidement au pôle. Ses compagnons ne l’eussent pas abandonné, et sa tête ne se serait pas perdue sous l’excès des plus terribles angoisses !

— Alors, dit Altamont, nous n’avons plus qu’un parti à prendre : abandonner la chaloupe et rejoindre en traîneau la côte orientale du Lincoln.

— Abandonner la chaloupe et rejoindre le traîneau, bien, répondit le docteur ; mais, au lieu de traverser le Lincoln, je propose de franchir le détroit de Jones sur les glaces et de gagner le Devon-Septentrional.

— Et pourquoi ? demanda Altamont.

— Parce que plus nous nous approcherons du détroit de Lancastre, plus nous aurons de chances d’y rencontrer des baleiniers.

— Vous avez raison, docteur ; mais je crains bien que les glaces ne soient pas encore assez unies pour nous offrir un passage praticable.

— Nous essaierons, » répondit Clawbonny.

La chaloupe fut déchargée ; Bell et Johnson reconstruisirent le traîneau ; toutes ses pièces étaient en bon état ; le lendemain, les chiens y furent attelés, et l’on prit le long de la côte pour gagner l’ice-field.

Alors recommença ce voyage tant de fois décrit, fatigant et peu rapide ; Altamont avait eu raison de se défier de l’état de la glace ; on ne put traverser le détroit de Jones, et il fallut suivre la côte du Lincoln.

Le 21 août, les voyageurs, en coupant de biais, arrivèrent à l’entrée du détroit du Glacier ; là, ils s’aventurèrent sur l’ice-field, et le lendemain ils atteignirent l’île Cobourg, qu’ils traversèrent en moins de deux jours au milieu des bourrasques de neige.

Ils purent alors reprendre la route plus facile des champs de glace, et enfin, le 24 août, ils mirent le pied sur le Devon-Septentrional.

« Maintenant, dit le docteur, il ne nous reste plus qu’à traverser cette terre et à gagner le cap Warender à l’entrée du détroit de Lancastre. »

Mais le temps devint affreux et très-froid ; les rafales de neige, les tourbillons reprirent leur violence hivernale ; les voyageurs se sentaient à bout de forces. Les provisions s’épuisaient, et chacun dut se réduire au tiers de ration, afin de conserver aux chiens une nourriture proportionnée à leur travail.

La nature du sol ajoutait beaucoup aux fatigues du voyage ; cette terre du De-