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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/456

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les vapeurs qui s’élevaient des ruisseaux de laves semblaient être absolument anhydres.

Ainsi, cette île était de formation récente, et telle elle apparut un jour, telle elle pouvait disparaître un autre, et s’immerger de nouveau au fond de l’Océan.

À mesure que l’on s’élevait, l’ascension devenait de plus en plus difficile ; les flancs de la montagne se rapprochaient de la perpendiculaire, et il fallait prendre de grandes précautions pour éviter les éboulements. Souvent des colonnes de cendres se tordaient autour des voyageurs et menaçaient de les asphyxier, ou des torrents de lave leur barraient le passage. Sur quelques surfaces horizontales, les ruisseaux, refroidis et solidifiés à la partie supérieure, laissaient sous leur croûte durcie la lave s’écouler en bouillonnant. Chacun devait donc sonder pour éviter d’être plongé tout à coup dans ces matières en fusion.

De temps en temps, le cratère vomissait des quartiers de roches rougies au sein des gaz enflammés ; quelques-unes de ces masses éclataient dans l’air comme des bombes, et leurs débris se dispersaient dans toutes les directions à d’énormes distances.

On conçoit de quels dangers innombrables cette ascension de la montagne était entourée, et combien il fallait être fou pour la tenter.

Cependant Hatteras montait avec une agilité surprenante, et, dédaignant le secours de son bâton ferré, il gravissait sans hésiter les pentes les plus raides.

Il arriva bientôt à un rocher circulaire, sorte de plateau de dix pieds de largeur environ ; un fleuve incandescent l’entourait, après s’être bifurqué à l’arête d’un roc supérieur, et ne laissait qu’un passage étroit par lequel Hatteras se glissa audacieusement.

Là, il s’arrêta, et ses compagnons purent le rejoindre. Alors il sembla mesurer du regard l’intervalle qui lui restait à franchir ; horizontalement, il ne se trouvait pas à plus de cent toises du cratère, c’est-à-dire du point mathématique du pôle ; mais, verticalement, c’était encore plus de quinze cents pieds à gravir.

L’ascension durait déjà depuis trois heures ; Hatteras ne semblait pas fatigué ; ses compagnons se trouvaient au bout de leurs forces.

Le sommet du volcan paraissait être inaccessible. Le docteur résolut d’empêcher à tout prix Hatteras de s’élever plus haut. Il essaya d’abord de le prendre par la douceur, mais l’exaltation du capitaine allait jusqu’au délire ; pendant la route, il avait donné tous les signes d’une folie croissante, et qui l’a connu, qui l’a suivi dans les phases diverses de son existence, ne peut en être surpris. À