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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/438

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Le ciel, à une grande hauteur, revêtait une couleur cendrée ; l’obscurité éprouvée pendant la tempête, et dont le docteur n’avait pu se rendre compte, venait évidemment des colonnes de cendres déployées devant le soleil comme un impénétrable rideau. Il se souvint alors d’un fait semblable survenu en 1812, à l’île de la Barbade, qui, en plein midi, fut plongée dans les ténèbres profondes, par la masse des cendres rejetées du cratère de l’île Saint-Vincent.

Cet énorme rocher ignivome, poussé en plein Océan, mesurait mille toises de hauteur, à peu près l’altitude de l’Hécla.

La ligne menée de son sommet à sa base formait avec l’horizon un angle de onze degrés environ.

Il semblait sortir peu à peu du sein des flots, à mesure que la chaloupe s’en approchait. Il ne présentait aucune trace de végétation. Le rivage même lui faisait défaut, et ses flancs tombaient à pic dans la mer.

« Pourrons-nous atterrir ? dit le docteur.

— Le vent nous porte, répondit Altamont.

— Mais je ne vois pas un bout de plage sur lequel nous puissions prendre pied !

— Cela paraît ainsi de loin, répondit Johnson ; mais nous trouverons bien de quoi loger notre embarcation ; c’est tout ce qu’il nous faut.

— Allons donc ! » répondit tristement Clawbonny.

Le docteur n’avait plus de regards pour cet étrange continent qui se dressait devant lui. La terre du pôle était bien là, mais non l’homme qui l’avait découverte !

À cinq cents pas des rocs, la mer bouillonnait sous l’action des feux souterrains. L’île qu’elle entourait pouvait avoir huit à dix milles de circonférence, pas davantage, et, d’après l’estime, elle se trouvait très-près du pôle, si même l’axe du monde n’y passait pas exactement.

Aux approches de l’île, les navigateurs remarquèrent un petit fiord en miniature suffisant pour abriter leur embarcation ; ils s’y dirigèrent aussitôt, avec la crainte de trouver le corps du capitaine rejeté à la côte par la tempête !

Cependant, il semblait difficile qu’un cadavre y reposât ; il n’y avait pas de plage, et la mer déferlait sur des rocs abrupts ; une cendre épaisse et vierge de toute trace humaine recouvrait leur surface au-delà de la portée des vagues.

Enfin la chaloupe se glissa par une ouverture étroite entre deux brisants à fleur d’eau, et là elle se trouva parfaitement abritée contre le ressac.

Alors les hurlements lamentables de Duk redoublèrent ; le pauvre animal appelait le capitaine dans son langage ému, il le redemandait à cette mer sans