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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/37

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LES ANGLAIS AU POLE NORD

devons profiter de la débâcle pour franchir le détroit de Davis ; en outre, l’équipage s’inquiète de plus en plus ; les amis, les camarades de nos hommes les poussent à quitter le Forward, et leur influence pourrait nous jouer un mauvais tour.— Il faut ajouter, reprit James Wall, que si la panique se mettait parmi nos matelots, ils déserteraient jusqu’au dernier, et je ne sais pas, commandant, si vous parviendriez à recomposer votre équipage.— Mais que faire ? s’écria Shandon.— Ce que vous avez dit, répliqua le docteur ; attendre, mais attendre jusqu’à demain avant de se désespérer. Les promesses du capitaine se sont accomplies jusqu’ici avec une régularité de bon augure ; il n’y a donc aucune raison de croire que nous ne serons pas avertis de notre destination en temps utile ; je ne doute pas un seul instant que demain nous ne naviguions en pleine mer d’Irlande ; aussi, mes amis, je propose un dernier grog à notre heureux voyage ; il commence d’une façon un peu inexplicable, mais avec des marins comme vous il a mille chances pour bien finir. »Et tous les quatre, ils trinquèrent une dernière fois.« Maintenant, commandant, reprit maître Johnson, si j’ai un conseil à vous donner, c’est de tout préparer pour le départ ; il faut que l’équipage vous croie certain de votre fait. Demain, qu’il arrive une lettre ou non, appareillez ; n’allumez pas vos fourneaux ; le vent a l’air de bien tenir ; rien ne sera plus facile que de descendre grand largue ; que le pilote monte à bord ; à l’heure de la marée, sortez des docks ; allez mouiller au-delà de la pointe de Birkenhead ; nos hommes n’auront plus aucune communication avec la terre, et si cette lettre diabolique arrive enfin, elle nous trouvera là comme ailleurs.— Bien parlé, mon brave Johnson ! fit le docteur en tendant la main au vieux marin.— Va comme il est dit ! » répondit Shandon.Chacun alors regagna sa cabine, et attendit dans un sommeil agité le lever du soleil.Le lendemain, les premières distributions de lettres avaient eu lieu dans la ville, et pas une ne portait l’adresse du commandant Richard Shandon.Néanmoins, celui-ci fit ses préparatifs de départ ; le bruit s’en répandit immédiatement dans Liverpool, et, comme on l’a vu, une affluence extraordinaire de spectateurs se précipita sur les quais de New Prince’s Docks.Beaucoup d’entre eux vinrent à bord du brick, qui pour embrasser une dernière fois un camarade, qui pour dissuader un ami, qui pour jeter un regard