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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/364

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— Nous ne sommes pas dans la mer de Kane, répondit sèchement Hatteras, et par conséquent nous ne pouvons vérifier le fait.

— Il est supposable, du moins, dit Altamont.

— Certainement, répliqua le docteur, qui voulait éviter une discussion inutile. Ce que pense Altamont doit être la vérité ; à moins de dispositions particulières des terrains environnants, les mêmes effets se produisent sous les mêmes latitudes. Aussi, je crois à la mer libre dans l’est aussi bien que dans l’ouest.

— En tout cas, peu nous importe ! dit Hatteras.

— Je ne dis pas comme vous, Hatteras, reprit l’Américain, que l’indifférence affectée du capitaine commençait à échauffer, cela pourra avoir pour nous une certaine importance !

— Et quand, je vous prie ?

— Quand nous songerons au retour.

— Au retour ! s’écria Hatteras. Et qui y pense ?

— Personne, répondit Altamont, mais enfin nous nous arrêterons quelque part, je suppose.

— Où cela ? » fit Hatteras.

Pour la première fois, cette question était directement posée à l’Américain. Le docteur eût donné un de ses bras pour arrêter net la discussion.

Altamont ne répondant pas, le capitaine renouvela sa demande.

« Où cela ? fit-il en insistant.

— Où nous allons ! répondit tranquillement l’Américain.

— Et qui le sait ? dit le conciliant docteur.

— Je prétends donc, reprit Altamont, que si nous voulons profiter du bassin polaire pour revenir, nous pourrons tenter de gagner la mer de Kane ; elle nous mènera plus directement à la mer de Baffin.

— Vous croyez ? fit ironiquement le capitaine.

— Je le crois, comme je crois que si jamais ces mers boréales devenaient praticables, on s’y rendrait par ce chemin, qui est plus direct. Oh ! c’est une grande découverte que celle du docteur Kane !

— Vraiment ! fit Hatteras en se mordant les lèvres jusqu’au sang.

— Oui, dit le docteur, on ne peut le nier, et il faut laisser à chacun son mérite.

— Sans compter qu’avant ce célèbre marin, reprit l’Américain obstiné, personne ne s’était avancé aussi profondément dans le nord.

— J’aime à croire, reprit Hatteras, que maintenant les Anglais ont le pas sur lui !

— Et les Américains ! fit Altamont.