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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/361

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— Et pourquoi ? demanda le capitaine avec une certaine violence ; ne peut-il demeurer au Fort-Providence ?

— Il n’y consentirait pas, Hatteras ; et puis abandonner cet homme que nous ne serions pas certains de retrouver au retour, ce serait plus qu’imprudent, ce serait inhumain ; Altamont viendra, il faut qu’il vienne ! mais, comme il est inutile de lui donner maintenant des idées qu’il n’a pas, ne lui disons rien, et construisons une chaloupe destinée en apparence à la reconnaissance de ces nouveaux rivages. »

Hatteras ne pouvait se décider à se rendre aux idées de son ami ; celui-ci attendait une réponse qui ne se faisait pas.

« Et si cet homme refusait de consentir au dépeçage de son navire ? dit enfin le capitaine.

— Dans ce cas, vous auriez le bon droit pour vous ; vous construiriez cette chaloupe malgré lui, et il n’aurait plus rien à prétendre.

— Fasse donc le Ciel qu’il refuse ! s’écria Hatteras.

— Avant un refus, répondit le docteur, il faut une demande ; je me charge de la faire. »

En effet, le soir même, au souper, Clawbonny amena la conversation sur certains projets d’excursions pendant les mois d’été, destinées à faire le relevé hydrographique des côtes.

« Je pense, Altamont, dit-il, que vous serez des nôtres ?

— Certes, répondit l’Américain, il faut bien savoir jusqu’où s’étend cette terre de la Nouvelle-Amérique. »

Hatteras regardait son rival fixement pendant qu’il répondait ainsi.

« Et pour cela, reprit Altamont, il faut faire le meilleur emploi possible des débris du Porpoise ; construisons donc une chaloupe solide et qui nous porte loin.

— Vous entendez, Bell, dit vivement le docteur, dès demain nous nous mettrons à l’ouvrage. »




CHAPITRE XV. — LE PASSAGE DU NORD-OUEST.


Le lendemain, Bell, Altamont et le docteur se rendirent au Porpoise ; le bois ne manquait pas ; l’ancienne chaloupe du trois-mâts, défoncée par le choc des glaçons, pouvait encore fournir les parties principales de la nouvelle. Le charpentier se mit donc immédiatement à l’œuvre ; il fallait une embarcation capa-