Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/350

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Oh ! du moment que vous le dites, ce sont des ours morts, et je me sens déjà leur fourrure sur les épaules.

— À l’ouvrage donc ! »

Le docteur s’enfonça dans la galerie sombre, et Bell le suivit ; où passait le docteur, ses compagnons étaient assurés de se trouver à l’aise. Les deux mineurs arrivèrent à la poudrière et débouchèrent au milieu des barils rangés en bon ordre. Le docteur donna à Bell les indications nécessaires ; le charpentier attaqua le mur opposé, sur lequel s’épaulait le talus, et son compagnon revint dans la maison.

Bell travailla pendant une heure et creusa un boyau long de dix pieds à peu près, dans lequel on pouvait s’avancer en rampant. Au bout de ce temps, Altamont vint le remplacer, et dans le même temps il fit à peu près le même travail ; la neige, retirée de la galerie, était transportée dans la cuisine, où le docteur la faisait fondre au feu, afin qu’elle tînt moins de place.

À l’Américain succéda le capitaine, puis Johnson. En dix heures, c’est-à-dire vers les huit heures du matin, la galerie était entièrement ouverte.

Aux premières lueurs de l’aurore, le docteur vint considérer les ours par une meurtrière qu’il pratiqua dans le mur du magasin à poudre.

Ces patients animaux n’avaient pas quitté la place. Ils étaient là, allant, venant, grognant, mais, en somme, faisant leur faction avec une persévérance exemplaire ; ils rôdaient autour de la maison, qui disparaissait sous les blocs amoncelés. Mais un moment vint pourtant où ils semblèrent avoir épuisé leur patience, car le docteur les vit tout à coup repousser les glaçons qu’ils avaient entassés.

« Bon ! dit-il au capitaine, qui se trouvait près de lui.

— Que font-ils ? demanda celui-ci.

— Ils m’ont tout l’air de vouloir démolir leur ouvrage et d’arriver jusqu’à nous ! Mais un instant ! ils seront démolis auparavant. En tout cas, pas de temps à perdre. »

Le docteur se glissa jusqu’au point où la mine devait être pratiquée ; là, il fit élargir la chambre de toute la largeur et de toute la hauteur du talus ; il ne resta bientôt plus à la partie supérieure qu’une écorce de glace épaisse d’un pied au plus ; il fallut même la soutenir pour qu’elle ne s’effondrât pas.

Un pieu solidement appuyé sur le sol de granit fit l’office de poteau ; le cadavre du renard fut attaché à son sommet, et une longue corde, nouée à sa partie inférieure, se déroula à travers la galerie jusqu’à la poudrière.

Les compagnons du docteur suivaient ses instructions sans trop les comprendre.

« Voici l’appât, » dit-il, en leur montrant le renard.

Au pied du poteau, il fit rouler un tonnelet pouvant contenir cent livres de poudre.