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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/336

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indispensable outil de ces régions, et une hachette s’enfonçait dans la ceinture de leur jaquette en peau de daim.

Ainsi équipés, vêtus, armés, ils pouvaient aller loin, et, adroits et audacieux, ils devaient compter sur le bon résultat de leur chasse.

Ils furent prêts à huit heures du matin, et partirent. Duk les précédait en gambadant ; ils remontèrent la colline de l’est, tournèrent le cône du phare et s’enfoncèrent dans les plaines du sud bornées par le Bell-Mount.

De son côté, le docteur, après être convenu avec Johnson d’un signal d’alarme en cas de danger, descendit vers le rivage, de manière à gagner les glaces multiformes qui hérissaient la baie Victoria.

'The Field of Ice' by Riou and Montaut 045.jpg

Le maître d’équipage demeura seul au Fort-Providence, mais non oisif. Il commença par donner la liberté aux chiens groënlandais qui s’agitaient dans le Dog-Palace ; ceux-ci, enchantés, allèrent se rouler sur la neige. Johnson ensuite s’occupa des détails compliqués du ménage. Il avait à renouveler le combustible et les provisions, à mettre les magasins en ordre, à raccommoder maint ustensile brisé, à repriser les couvertures en mauvais état, à refaire des chaussures pour les longues excursions de l’été. L’ouvrage ne manquait pas, et le maître d’équipage travaillait avec cette habileté du marin auquel rien n’est étranger des métiers de toutes sortes.

En s’occupant, il réfléchissait à la conversation de la veille ; il pensait au capitaine et surtout à son entêtement, très-héroïque et très-honorable après tout, de ne pas vouloir qu’un Américain, même une chaloupe américaine atteignît avant lui ou avec lui le pôle du monde.

« Il me semble difficile pourtant, se disait-il, de passer l’océan sans bateau, et, si nous avons la pleine mer devant nous, il faudra bien se rendre à la nécessité de naviguer. On ne peut pas faire trois cents milles à la nage, fût-on le meilleur Anglais de la terre. Le patriotisme a des limites. Enfin, on verra.