Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/326

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.



— Si nous essayions d’en fonder un, dit Johnson.

— À nous cinq ! dit Clawbonny ; nous ferions tout au plus des rédacteurs, et il ne resterait pas de lecteurs en nombre suffisant.

— Pas plus que de spectateurs, si nous nous mettions en tête de jouer la comédie, répondit Altamont.

— Au fait, monsieur Clawbonny, dit Johnson, parlez-nous donc un peu du théâtre du capitaine Parry ; y jouait-on des pièces nouvelles ?

— Sans doute ; dans le principe, deux volumes embarqués à bord de l’Hécla furent mis à contribution, et les représentations avaient lieu tous les quinze jours ; mais bientôt le répertoire fut usé jusqu’à la corde ; alors des auteurs improvisés se mirent à l’œuvre, et Parry composa lui-même pour les fêtes de Noël une comédie tout à fait en situation ; elle eut un immense succès, et était intitulée le Passage du Nord-Ouest ou la Fin du voyage.

— Un fameux titre, répondit Altamont ; mais j’avoue que si j’avais à traiter un pareil sujet, je serais fort embarrassé du dénoûment.

— Vous avez raison, dit Bell, qui sait comment cela finira ?

— Bon ! s’écria le docteur, pourquoi songer au dernier acte, puisque les premiers marchent bien ? Laissons faire la Providence, mes amis ; jouons de notre mieux notre rôle, et puisque le dénoûment appartient à l’auteur de toutes choses, ayons confiance dans son talent ; il saura bien nous tirer d’affaire.

— Allons donc rêver à tout cela, répondit Johnson ; il est tard, et puisque l’heure de dormir est venue, dormons.

— Vous êtes bien pressé, mon vieil ami, dit le docteur.

— Que voulez-vous, monsieur Clawbonny, je me trouve si bien dans ma couchette ! et puis, j’ai l’habitude de faire de bons rêves ; je rêve de pays chauds ! de sorte qu’à vrai dire la moitié de ma vie se passe sous l’équateur, et la seconde moitié au pôle.

— Diable, fit Altamont, vous possédez là une heureuse organisation.

— Comme vous dites, répondit le maître d’équipage.

— Eh bien, reprit le docteur, ce serait une cruauté de faire languir plus longtemps le brave Johnson. Son soleil des Tropiques l’attend. Allons nous coucher. »




CHAPITRE XI. — TRACE INQUIÉTANTES.


Pendant la nuit du 26 au 27 avril, le temps vint à changer ; le thermomètre baissa sensiblement, et les habitants de Doctor’s-House s’en aperçurent au froid