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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/315

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— Bon ! répondit le docteur, la différence n’est pas sensible entre hommes de races différentes, quand ils sont placés dans des circonstances identiques et quel que soit leur genre de nourriture ; je dirai même que la température humaine est à peu près semblable à l’équateur comme au pôle.

— Ainsi, dit Altamont, notre chaleur propre est la même ici qu’en Angleterre ?

— Très sensiblement, répondit le docteur ; quant aux autres mammifères, leur température est, en général, un peu supérieure à celle de l’homme. Le cheval se rapproche beaucoup de lui, ainsi que le lièvre, l’éléphant, le marsouin, le tigre ; mais le chat, l’écureuil, le rat, la panthère, le mouton, le bœuf, le chien, le singe, le bouc, la chèvre atteignent cent trois degrés, et enfin, le plus favorisé de tous, le cochon, dépasse cent quatre degrés (+40° centigr.).

— C’est humiliant pour nous, fit Altamont.

— Viennent alors les amphibies et les poissons, dont la température varie beaucoup suivant celle de l’eau. Le serpent n’a guère que quatre-vingt-six degrés (+30° centigr.), la grenouille soixante-dix (+25° centigr.), et le requin autant dans un milieu inférieur d’un degré et demi ; enfin les insectes paraissent avoir la température de l’eau et de l’air.

— Tout cela est bien, dit Hatteras, qui n’avait pas encore pris la parole, et je remercie le docteur de mettre sa science à notre disposition ; mais nous parlons là comme si nous devions avoir des chaleurs torrides à braver. Ne serait-il pas plus opportun de causer du froid, de savoir à quoi nous sommes exposés, et quelles ont été les plus basses températures observées jusqu’ici ?

— C’est juste, répondit Johnson.

— Rien n’est plus facile, reprit le docteur, et je peux vous édifier à cet égard.

— Je le crois bien, fit Johnson, vous savez tout.

— Mes amis, je ne sais que ce que m’ont appris les autres, et, quand j’aurai parlé, vous serez aussi instruits que moi. Voilà donc ce que je puis vous dire touchant le froid, et sur les basses températures que l’Europe a subies. On compte un grand nombre d’hivers mémorables, et il semble que les plus rigoureux soient soumis à un retour périodique tous les quarante et un ans à peu près, retour qui coïncide avec la plus grande apparition des taches du soleil. Je vous citerai l’hiver de 1364, où le Rhône gela jusqu’à Arles ; celui de 1408, où le Danube fut glacé dans tout son cours et où les loups traversèrent le Cattégat à pied sec ; celui de 1509, pendant lequel l’Adriatique et la Méditerranée furent solidifiées à Venise, à Cette, à Marseille, et la Baltique prise encore au 10 avril ; celui de 1608, qui vit périr en Angleterre tout le bétail ; celui de 1789, pendant lequel la Tamise fut glacée jusqu’à Gravesend, à six lieues au-dessous de Lon-