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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/310

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Le docteur tailla dans la chair les parties les plus savoureuses, et il laissa le cadavre à la merci de quelques corbeaux qui, à cette époque de l’année, planaient déjà dans les airs.

La nuit commençait à venir. On songea à regagner le Fort-Providence ; le ciel s’était entièrement purifié, et, en attendant les rayons prochains de la lune, il s’éclairait de magnifiques lueurs stellaires.

« Allons, en route, dit le docteur ; il se fait tard ; en somme, notre chasse n’a pas été très-heureuse ; mais, du moment où il rapporte de quoi souper, un chasseur n’a pas le droit de se plaindre. Seulement, prenons par le plus court, et tâchons de ne pas nous égarer ; les étoiles sont là pour nous indiquer la route. »

Cependant, dans ces contrées où la polaire brille droit au-dessus de la tête du voyageur, il est malaisé de la prendre pour guide ; en effet, quand le nord est exactement au sommet de la voûte céleste, les autres points cardinaux sont difficiles à déterminer : la lune et les grandes constellations vinrent heureusement aider le docteur à fixer sa route.

Il résolut, pour abréger son chemin, d’éviter les sinuosités du rivage et de couper au travers des terres ; c’était plus direct, mais moins sûr : aussi, après quelques heures de marche, la petite troupe fut complètement égarée.

On agita la question de passer la nuit dans une hutte de glace, de s’y reposer, et d’attendre le jour pour s’orienter, dût-on revenir au rivage, afin de suivre l’ice-field ; mais le docteur, craignant d’inquiéter Hatteras et Johnson, insista pour que la route fût continuée.

« Duk nous conduit, dit-il, et Duk ne peut se tromper : il est doué d’un instinct qui se passe de boussole et d’étoile. Suivons-le donc. »

Duk marchait en avant, et on s’en fia à son intelligence. On eut raison ; bientôt une lueur apparut au loin dans l’horizon ; on ne pouvait la confondre avec une étoile, qui ne fût pas sortie de brumes aussi basses.

« Voilà notre phare ! s’écria le docteur.

— Vous croyez, monsieur Clawbonny ? dit le charpentier.

— J’en suis certain. Marchons. »

À mesure que les voyageurs approchaient, la lueur devenait plus intense, et bientôt ils furent enveloppés par une traînée de poussière lumineuse ; ils marchaient dans un immense rayon, et derrière eux leurs ombres gigantesques, nettement découpées, s’allongeaient démesurément sur le tapis de neige.

Ils doublèrent le pas, et, une demi-heure après, ils gravissaient le talus du Fort-Providence.