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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/287

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L’inventaire donna les quantités de provisions suivantes : six mille cent cinquante livres de farine, de graisse, de raisins secs pour les puddings ; deux mille livres de bœuf et de cochon salé ; quinze cents livres de pemmican ; sept cents livres de sucre, autant de chocolat ; une caisse et demie de thé, pesant quatre-vingt seize livres : cinq cents livres de riz ; plusieurs barils de fruits et de légumes conservés ; du lime-juice en abondance, des graines de cochléaria, d’oseille, de cresson ; trois cents gallons de rhum et d’eau-de-vie. La soute offrait une grande quantité de poudre, de balles et de plomb ; le charbon et le bois se trouvaient en abondance. Le docteur recueillit avec soin les instruments de physique et de navigation, et même une forte pile de Bunsen, qui avait été emportée dans le but de faire des expériences d’électricité.

En somme, les approvisionnements de toutes sortes pouvaient suffire à cinq hommes pendant plus de deux ans, à ration entière. Toute crainte de mourir de faim ou de froid s’évanouissait.

« Voilà notre existence assurée, dit le docteur au capitaine, et rien ne nous empêchera de remonter jusqu’au pôle.

— Jusqu’au pôle ! répondit Hatteras en tressaillant.

— Sans doute, reprit le docteur ; pendant les mois d’été, qui nous empêchera de pousser une reconnaissance à travers les terres ?

— À travers les terres, oui ! mais à travers les mers ?

— Ne peut-on construire une chaloupe avec les planches du Porpoise ?

— Une chaloupe américaine, n’est-ce pas ? répondit dédaigneusement Hatteras, et commandée par cet Américain ! »

Le docteur comprit la répugnance du capitaine et ne jugea pas nécessaire de pousser plus avant cette question. Il changea donc le sujet de la conversation.

« Maintenant que nous savons à quoi nous en tenir sur nos approvisionnements, reprit-il, il faut construire des magasins pour eux et une maison pour nous. Les matériaux ne manquent pas, et nous pouvons nous installer très commodément. J’espère, Bell, ajouta le docteur en s’adressant au charpentier, que vous allez vous distinguer, mon ami ; d’ailleurs, je pourrai vous donner quelques bons conseils.

— Je suis prêt, monsieur Clawbonny, répondit Bell ; au besoin, je ne serais pas embarrassé de construire, au moyen de ces blocs de glace, une ville tout entière avec ses maisons et ses rues…

— Eh ! il ne nous en faut pas tant ; prenons exemple sur les agents de la Compagnie de la baie d’Hudson : ils construisent des forts qui les mettent à l’abri des animaux et des Indiens ; c’est tout ce qu’il nous faut ; retranchons-nous de