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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/283

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les hummocks entassés, démontraient que l’ice-field subissait une grande pression ; évidemment, quelque continent inconnu, quelque île nouvelle, en rétrécissant les passes, avait dû produire ce bouleversement. Des blocs de glace d’eau douce, plus fréquents et plus considérables, indiquaient une côte prochaine.

Il existait donc à peu de distance une terre nouvelle, et le docteur brûlait du désir d’en enrichir les cartes de l’hémisphère boréal. On ne peut se figurer ce plaisir de relever des côtes inconnues et d’en former le tracé de la pointe du crayon ; c’était le but du docteur, si celui d’Hatteras était de fouler de son pied le pôle même, et il se réjouissait d’avance en songeant aux noms dont il baptiserait les mers, les détroits, les baies, les moindres sinuosités de ces nouveaux continents. Certes, dans cette glorieuse nomenclature, il n’omettait ni ses compagnons, ni ses amis, ni « Sa Gracieuse Majesté », ni la famille royale ; mais il ne s’oubliait pas lui-même, et il entrevoyait un certain « cap Clawbonny » avec une légitime satisfaction.

'The Field of Ice' by Riou and Montaut 018.jpg

Ces pensées l’occupèrent toute la journée. On disposa le campement du soir, suivant l’habitude, et chacun veilla à tour de rôle pendant cette nuit passée près de terres inconnues.

Le lendemain, le dimanche, après un fort déjeuner fourni par les pattes de l’ours, et qui fut excellent, les voyageurs se dirigèrent au nord, en inclinant un peu vers l’ouest ; le chemin devenait plus difficile ; on marchait vite cependant.

Altamont, du haut du traîneau, observait l’horizon avec une attention fébrile ; ses compagnons étaient en proie à une inquiétude involontaire. Les dernières observations solaires avaient donné pour latitude exacte 83°35’ et pour longitude