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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/215

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voyageurs s’y blottirent comme des taupes et ne tardèrent pas à s’endormir.

Le lendemain et les jours suivants se passèrent sans amener aucun incident particulier ; le voyage se faisait facilement ou difficilement, avec rapidité ou lenteur, suivant les caprices de la température, tantôt âpre et glaciale, tantôt humide et pénétrante ; il fallait, selon la nature du sol, employer soit les mocassins, soit les chaussures à neige.

On atteignit ainsi le 15 janvier ; la lune, dans son dernier quartier, restait peu de temps visible ; le soleil, quoique toujours caché sous l’horizon, donnait déjà six heures d’une sorte de crépuscule, insuffisant encore pour éclairer la route ; il fallait la jalonner d’après la direction donnée par le compas. Bell prenait la tête ; Hatteras marchait en ligne droite derrière lui. Puis Simpson et le docteur, les relevant l’un par l’autre, de manière à n’apercevoir qu’Hatteras, cherchaient ainsi à se maintenir dans la ligne droite. Et cependant, malgré leurs soins, ils s’en écartaient parfois de trente et quarante degrés ; il fallait alors recommencer le travail des jalons.

'The English at the Noth Pole' by Riou and Montaut 119.jpg

Le 15 janvier, le dimanche, Hatteras estimait avoir fait à peu près cent milles dans le sud ; cette matinée fut consacrée à la réparation de divers objets de toilette et de campement ; la lecture du service divin ne fut pas oubliée.

À midi, l’on se remit en marche ; la température était froide ; le thermomètre marquait seulement trente-deux degrés au-dessous de zéro (-36° centig.), dans une atmosphère très-pure.

Tout à coup, et sans que rien pût faire présager ce changement soudain, il s’éleva de terre une vapeur dans un état complet de congélation ; elle atteignit une hauteur de quatre-vingt-dix pieds environ, et resta immobile ; on ne se voyait plus à un pas de distance ; cette vapeur s’attachait aux vêtements qu’elle hérissait de longs prismes aigus.