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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/207

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mouvement de la marche maintenaient du café, du thé et de l’eau à l’état liquide.

Johnson soigna tout particulièrement la confection des snow-shoes[1], fixées sur des montures en bois garnies de lanières de cuir ; elles servaient de patins ; sur les terrains entièrement glacés et durcis, les mocassins de peau de daim les remplaçaient avec avantage ; chaque voyageur dut être muni de deux paires des unes et des autres.

Ces préparatifs si importants, puisqu’un détail omis peut amener la perte d’une expédition, demandèrent quatre jours pleins. Chaque midi, Hatteras eut soin de relever la position de son navire ; il ne dérivait plus, et il fallait cette certitude absolue pour opérer le retour.

Hatteras s’occupa de choisir les hommes qui devaient le suivre. C’était une grave décision à prendre ; quelques-uns n’étaient pas bons à emmener, mais on devait aussi regarder à les laisser à bord. Cependant, le salut commun dépendant de la réussite du voyage, il parut opportun au capitaine de choisir avant tout des compagnons sûrs et éprouvés.

Shandon se trouva donc exclu ; il ne manifesta, d’ailleurs, aucun regret à cet égard. James Wall, complètement alité, ne pouvait prendre part à l’expédition.

L’état des malades, au surplus, n’empirait pas ; leur traitement consistait en frictions répétées et en fortes doses de jus de citron ; il n’était pas difficile à suivre et ne nécessitait aucunement la présence du docteur. Celui-ci se mit donc en tête des voyageurs, et son départ n’amena pas la moindre réclamation.

Johnson eût vivement désiré accompagner le capitaine dans sa périlleuse entreprise ; mais celui-ci le prit à part, et d’une voix affectueuse, presque émue :

« Johnson, lui dit-il, je n’ai de confiance qu’en vous. Vous êtes le seul officier auquel je puisse laisser mon navire. Il faut que je vous sache là pour surveiller Shandon et les autres. Ils sont enchaînés ici par l’hiver ; mais qui sait les funestes résolutions dont leur méchanceté est capable ? Vous serez muni de mes instructions formelles, qui remettront au besoin le commandement entre vos mains. Vous serez un autre moi-même. Notre absence durera quatre à cinq semaines au plus, et je serai tranquille, vous ayant là où je ne puis être. Il vous faut du bois, Johnson. Je le sais ! mais, autant qu’il sera possible, épargnez mon pauvre navire. Vous m’entendez, Johnson ?

  1. Chaussures à neige.