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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/196

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En dépit des recommandations du docteur, Pen et ses amis se refusaient à prendre le moindre exercice ; ils passaient les journées entières accoudés au poêle ou sous les couvertures de leur hamac ; aussi leur santé ne tarda pas à s’altérer ; ils ne purent réagir contre l’influence funeste du climat, et le terrible scorbut fit son apparition à bord.

Le docteur avait cependant commencé depuis longtemps à distribuer chaque matin le jus de citron et les pastilles de chaux ; mais ces préservatifs, si efficaces d’habitude, n’eurent qu’une action insensible sur les malades, et la maladie, suivant son cours, offrit bientôt ses plus horribles symptômes.

Quel spectacle que celui de ces malheureux dont les nerfs et les muscles se contractaient sous la douleur ! Leurs jambes enflaient extraordinairement et se couvraient de larges taches d’un bleu noirâtre ; leurs gencives sanglantes, leurs lèvres tuméfiées ne livraient passage qu’à des sons inarticulés ; la masse du sang complètement altérée, défibrinisée, ne transmettait plus la vie aux extrémités du corps.

'The English at the Noth Pole' by Riou and Montaut 110.jpg

Clifton, le premier, fut attaqué de cette cruelle maladie ; bientôt Gripper, Brunton, Strong, durent renoncer à quitter leur hamac. Ceux que la maladie épargnait encore ne pouvaient fuir le spectacle de ces souffrances : il n’y avait pas d’autre abri que la salle commune ; il y fallait demeurer ; aussi fut-elle promptement transformée en hôpital, car, sur les dix-huit marins du Forward, treize furent en peu de jours frappés par le scorbut. Pen semblait devoir échapper à la contagion ; sa vigoureuse nature l’en préservait ; Shandon ressentit les premiers symptômes du mal ; mais cela n’alla pas plus loin, et l’exercice parvint à le maintenir dans un état de santé suffisant.