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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/117

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sa fortune elle équipa le Fox, commandé par Mac Clintock ; il partit en 1857, hiverna dans les parages où vous nous êtes apparu, capitaine, parvint à l’île Beechey, le 11 août 1858, hiverna une seconde fois au détroit de Bellot, reprit ses recherches en février 1859, le 6 mai, découvrit le document qui ne laissa plus de doute sur la destinée de l’Erebus et du Terror, et revint en Angleterre à la fin de la même année. Voilà tout ce qui s’est passé pendant quinze ans dans ces contrées funestes, et, depuis le retour du Fox, pas un navire n’est revenu tenter la fortune au milieu de ces dangereuses mers !

— Eh bien, nous la tenterons,, » répondit Hatteras.




CHAPITRE XV. — LE FORWARD REJETÉ DANS LE SUD.


Le temps s’éclaircit vers le soir, et la terre se laissa distinguer clairement entre le cap Sepping et le cap Clarence, qui s’avance vers l’est, puis au sud, et est relié à la côte de l’ouest par une langue de terre assez basse. La mer était libre de glaces à l’entrée du détroit du Régent ; mais, comme si elle eût voulu barrer la route du nord au Forward, elle formait une banquise impénétrable au-delà du port Léopold.

Hatteras, très contrarié sans en rien laisser paraître, dut recourir à ses pétards pour forcer l’entrée du port Léopold ; il l’atteignit à midi, le dimanche 27 mai ; le brick fut solidement ancré sur de gros ice-bergs, qui avaient l’aplomb, la dureté et la solidité du roc.

Aussitôt le capitaine, suivi du docteur, de Johnson et de son chien Duk, s’élança sur la glace, et ne tarda pas à prendre terre. Duk gambadait de joie ; d’ailleurs, depuis la reconnaissance du capitaine, il était devenu très-sociable et très-doux, gardant ses rancunes pour certains hommes de l’équipage, que son maître n’aimait pas plus que lui.

Le port se trouvait débloqué de ces glaces que les brises de l’est y entassent généralement ; les terres coupées à pic présentaient à leur sommet de gracieuses ondulations de neige. La maison et le fanal, construits par James Ross, se trouvaient encore dans un certain état de conservation ; mais les provisions paraissaient avoir été saccagées par les renards, et par les ours même, dont on distinguait des traces récentes ; la main des hommes ne devait pas être étrangère à cette dévastation, car quelques restes de huttes d’Esquimaux se voyaient sur le bord de la baie.