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Page:Verne - Voyages et aventures du capitaine Hatteras.djvu/113

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condenser, s’agglomérer les unes aux autres, faute d’une rotation assez rapide ?

— Cela doit être, car il y a une logique à tout ici-bas, et rien ne s’y est fait sans des motifs que Dieu permet quelquefois aux savants de découvrir ; ainsi, docteur, usez de la permission.

— Je serai malheureusement discret, capitaine. Mais quel vent effroyable règne dans ce détroit ! ajouta le docteur en s’encapuchonnant de son mieux.

— Oui, la brise du nord y fait rage surtout et nous écarte de notre route.

— Elle devrait cependant repousser les glaces au sud et laisser le chemin libre.

— Elle le devrait, docteur, mais le vent ne fait pas toujours ce qu’il doit. Voyez ! cette banquise paraît impénétrable. Enfin, nous essayerons d’arriver à l’île Griffith, puis de contourner l’île Cornwallis pour gagner le canal de la Reine, sans passer par le canal de Wellington. Et cependant, je veux absolument toucher à l’île Beechey, afin d’y refaire ma provision de charbon.

— Comment cela ? répondit le docteur étonné.

— Sans doute ; d’après l’ordre de l’Amirauté, de grandes provisions ont été déposées sur cette île, afin de pourvoir aux expéditions futures, et, quoi que le capitaine Mac Clintock ait pu prendre en août 1859, je vous assure qu’il en restera pour nous.

— Au fait, fit le docteur, ces parages ont été explorés pendant quinze ans, et, jusqu’au jour où la preuve certaine de la perte de Franklin a été acquise, l’Amirauté a toujours entretenu cinq ou six navires dans ces mers. Si je ne me trompe, même l’île Griffith, que je vois là sur la carte, presque au milieu du carrefour, est devenue le rendez-vous général des navigateurs.

— Cela est vrai, docteur, et la malheureuse expédition de Franklin a eu pour résultat de nous faire connaître ces lointaines contrées.

— C’est juste, capitaine, car les expéditions ont été nombreuses depuis 1845. Ce ne fut qu’en 1848 que l’on s’inquiéta de la disparition de l’Erebus et du Terror, les deux navires de Franklin. On voit alors le vieil ami de l’amiral, le docteur Richardson, âgé de soixante-dix ans, courir au Canada et remonter la rivière Coppermine jusqu’à la mer polaire ; de son côté, James Ross, commandant l’Entreprise et l’Investigator, appareille d’Uppernawik en 1848 et arrive au cap York, où nous sommes en ce moment. Chaque jour, il jette à la mer un baril contenant des papiers destinés à faire connaître sa position ; pendant la brume, il tire le canon ; la nuit, il brûle des fusées et lance des feux de Bengale, ayant soin de se tenir toujours sous une petite voilure ; enfin il hiverne au port Léopold de 1848 à 1849 ; là, il s’empare d’une grande quantité de renards blancs, fait river à