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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/94

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ours blancs arrivent jusqu’à l’Islande, portés sur les glaçons du nord. Mais cela importe peu. Nous sommes au sommet du Sneffels, et voici deux pics : l’un au sud, l’autre au nord. Hans va nous dire de quel nom les Islandais appellent celui qui nous porte en ce moment. »

La demande formulée, le chasseur répondit : « Scartaris. »

Mon oncle me jeta un coup d’œil triomphant. « Au cratère ! » dit-il.

Le cratère du Sneffels représentait un cône renversé dont l’orifice pouvait avoir une demi-lieue de diamètre. Sa profondeur, je l’estimais à deux mille pieds environ. Que l’on juge de l’état d’un pareil récipient, lorsqu’il s’emplissait de tonnerres et de flammes. Le fond de l’entonnoir ne devait pas mesurer plus de cinq cents pieds de tour, de telle sorte que ses pentes assez douces permettaient d’arriver facilement à sa partie inférieure. Involontairement, je comparais ce cratère à un énorme tromblon évasé, et la comparaison m’épouvantait.

« Descendre dans un tromblon, pensai-je, quand il est peut-être chargé et qu’il peut partir au moindre choc, c’est œuvre de fous. »

Mais je n’avais pas à reculer. Hans, d’un air indifférent, reprit la tête de la troupe. Je le suivis sans mot dire.

Afin de faciliter la descente, Hans décrivait à l’intérieur du cône des ellipses très-allongées. Il fallait marcher au milieu des roches éruptives, dont quelques-unes, ébranlées dans leurs alvéoles, se précipitaient en rebondissant jusqu’au fond de l’abîme. Leur chute déterminait des répercussions d’échos d’une étrange sonorité.

Certaines parties du cône formaient des glaciers intérieurs. Hans ne s’avançait alors qu’avec une extrême précaution, sondant le sol de son bâton ferré pour y découvrir les crevasses. À de certains passages douteux, il devint nécessaire de nous lier par une longue corde, afin que celui auquel le pied viendrait à manquer inopinément se trouvât soutenu par ses compagnons. Cette solidarité était chose prudente, mais elle n’excluait pas tout danger.

Cependant, et malgré les difficultés de la descente sur des pentes que le guide ne connaissait pas, la route se fit sans accident, sauf la chute d’un ballot de cordes qui s’échappa des mains d’un Islandais et alla par le plus court jusqu’au fond de l’abîme.

À midi, nous étions arrivés. Je relevai là tête, et j’aperçus l’orifice supérieur du cône, dans lequel s’encadrait un morceau de ciel d’une circonférence singu-