Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/222

Cette page a été validée par deux contributeurs.


« Voilà les gneiss ! voilà les micaschistes ! Bon ! à bientôt les terrains de l’époque de transition, et alors… »

Que voulait dire le professeur ? Pouvait-il mesurer l’épaisseur de l’écorce terrestre suspendue sur notre tête ? Possédait-il un moyen quelconque de faire ce calcul ? Non. Le manomètre lui manquait, et nulle estime ne pouvait le suppléer.

Cependant la température s’accroissait dans une forte proportion et je me sentais baigné au milieu d’une atmosphère brûlante. Je ne pouvais la comparer qu’à la chaleur renvoyée par les fourneaux d’une fonderie à l’heure des coulées. Peu à peu, Hans, mon oncle et moi, nous avions dû quitter nos vestes et nos gilets ; le moindre vêtement devenait une cause de malaise, pour ne pas dire de souffrances.

« Montons-nous donc vers un foyer incandescent ? m’écriai-je, à un moment où la chaleur redoublait.

— Non, répondit mon oncle, c’est impossible ! c’est impossible !

— Cependant, dis-je en tâtant la paroi, cette muraille est brûlante ! »

Au moment où je prononçai ces paroles, ma main ayant effleuré l’eau, je dus la retirer au plus vite.

— L’eau est brûlante ! » m’écriai-je.

Le professeur, cette fois, ne répondit que par un geste de colère.

Alors, une invincible épouvante s’empara de mon cerveau et ne le quitta plus. J’avais le sentiment d’une catastrophe prochaine, et telle que la plus audacieuse imagination n’aurait pu la concevoir. Une idée, d’abord vague, incertaine, se changeait en certitude dans mon esprit. Je la repoussai, mais elle revint avec obstination. Je n’osais la formuler. Cependant quelques observations involontaires déterminèrent ma conviction. À la lueur douteuse de la torche, je remarquai des mouvements désordonnés dans les couches granitiques ; un phénomène allait évidemment se produire, dans lequel l’électricité jouait un rôle ; puis cette chaleur excessive, cette eau bouillonnante !… Je résolus d’observer la boussole.

Elle était affolée !




XLIII


Oui, affolée ! L’aiguille sautait d’un pôle à l’autre avec de brusques secousses, parcourait tous les points du cadran, et tournait, comme si elle eût été prise de vertige.