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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/182

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nos pieds comme les flancs d’une chaudière où se tord de la vapeur surchauffée ; il est brûlant. Nous arrivons en vue d’un petit bassin central d’où s’élève le geyser. Je plonge dans l’eau qui coule en bouillonnant un thermomètre à déversement, et il marque une chaleur de cent soixante-trois degrés.

Ainsi donc cette eau sort d’un foyer ardent. Cela contredit singulièrement les théories du professeur Lidenbrock. Je ne puis m’empêcher d’en faire la remarque.

« Eh bien, réplique-t-il, qu’est-ce que cela prouve, contre ma doctrine ?

— Rien, » dis-je d’un ton sec, en voyant que je me heurte à un entêtement absolu.

Néanmoins, je suis forcé d’avouer que nous sommes singulièrement favorisés jusqu’ici, et que, pour une raison qui m’échappe, ce voyage s’accomplit dans des conditions particulières de température ; mais il me paraît évident, certain, que nous arriverons un jour ou l’autre à ces régions où la chaleur centrale atteint les plus hautes limites et dépasse toutes les graduations des thermomètres.

Nous verrons bien. C’est le mot du professeur, qui, après avoir baptisé cet îlot volcanique du nom de son neveu, donne le signal de l’embarquement.

Je reste pendant quelques minutes encore à contempler le geyser. Je remarque que son jet est irrégulier dans ses accès, qu’il diminue parfois d’intensité, puis reprend avec une nouvelle vigueur, ce que j’attribue aux variations de pression des vapeurs accumulées dans son réservoir.

Enfin nous partons en contournant les roches très-accores du sud. Hans a profité de cette halte pour remettre le radeau en état.

Mais avant de déborder je fais quelques observations pour calculer la distance parcourue, et je les note sur mon journal. Nous avons franchi deux cent soixante-dix lieues de mer depuis Port-Graüben, et nous sommes à six cent vingt lieues de l’Islande, sous l’Angleterre.




XXXV


Vendredi 21 août. — Le lendemain le magnifique geyser a disparu. Le vent a fraîchi, et nous a rapidement éloignés de l’îlot Axel. Les mugissements se sont éteints peu à peu.

Le temps, s’il est permis de s’exprimer ainsi, va changer avant peu. L’atmosphère se charge de vapeurs, qui emportent avec elles l’électricité formée par