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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/162

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Au dessert, il nous servit quelques tasses de café, et jamais ce délicieux breuvage ne me parut plus agréable à déguster.

« Maintenant, dit mon oncle, voici l’heure de la marée, et il ne faut pas manquer l’occasion d’étudier ce phénomène.

— Comment, la marée ! m’écriai-je.

— Sans doute.

— L’influence de la lune et du soleil se fait sentir jusqu’ici !

— Pourquoi pas ! Les corps ne sont-ils pas soumis dans leur ensemble à l’attraction universelle ? Cette masse d’eau ne peut donc échapper à cette loi générale. Aussi, malgré la pression atmosphérique qui s’exerce à sa surface, tu vas la voir se soulever comme l’Atlantique lui-même. »

En ce moment nous foulions le sable du rivage et les vagues gagnaient peu à peu sur la grève.

« Voilà bien le flot qui commence, m’écriai-je.

— Oui, Axel, et d’après ces relais d’écume, tu peux voir que la mer s’élève d’une dizaine de pieds environ.

— C’est merveilleux !

— Non, c’est naturel.

— Vous avez beau dire, tout cela me parait extraordinaire, et c’est à peine si j’en crois mes yeux. Qui eût jamais imaginé dans cette écorce terrestre un océan véritable, avec ses flux et ses reflux, avec ses brises, avec ses tempêtes !

— Pourquoi pas ? Y a-t-il une raison physique qui s’y oppose ?

— Je n’en vois pas, du moment qu’il faut abandonner le système de la chaleur centrale.

— Donc, jusqu’ici la théorie de Davy se trouve justifiée ?

— Évidemment, et dès lors rien ne contredit l’existence de mers ou de contrées à l’intérieur du globe.

— Sans doute, mais inhabitées.

— Bon ! pourquoi ces eaux ne donneraient-elles pas asile à quelques poissons d’une espèce inconnue ?

— En tout cas, nous n’en avons pas aperçu un seul jusqu’ici.

— Eh bien, nous pouvons fabriquer des lignes et voir si l’hameçon aura autant de succès ici-bas que dans les océans sublunaires.

— Nous essayerons, Axel, car il faut pénétrer tous les secrets de ces régions nouvelles.

— Mais où sommes-nous ? mon oncle, car je ne vous ai point encore posé cette question à laquelle vos instruments ont dû vous répondre.