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Page:Verne - Voyage au centre de la Terre.djvu/132

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du niveau de la mer. Mais, le 8, vers midi, la faille prit, dans la direction du sud-est, une inclinaison beaucoup plus douce, environ quarante-cinq degrés.

Le chemin devint alors aisé et d’une parfaite monotonie. Il était difficile qu’il en fût autrement. Le voyage ne pouvait être varié par les incidents du paysage.

Enfin, le mercredi 15, nous étions à sept lieues sous terre et à cinquante lieues environ du Sneffels. Bien que nous fussions un peu fatigués, nos santés se maintenaient dans un état rassurant, et la pharmacie de voyage était encore intacte.

Mon oncle tenait heure par heure les indications de la boussole, du chronomètre, du manomètre et du thermomètre, celles-là même qu’il a publiées dans le récit scientifique de son voyage. Il pouvait donc se rendre facilement compte de sa situation. Lorsqu’il m’apprit que nous étions à une distance horizontale de cinquante lieues, je ne pus retenir une exclamation.

« Qu’as-tu donc ? demanda-t-il.

— Rien, seulement je fais une réflexion.

— Laquelle, mon garçon ?

— C’est que, si vos calculs sont exacts, nous ne sommes plus sous l’Islande,

— Crois-tu ?

— Il est facile de nous en assurer. »

Je pris mes mesures au compas sur la carte.

« Je ne me trompais pas, dis-je ; nous avons dépassé le cap Portland, et ces cinquante lieues dans le sud-est nous mettent en pleine mer.

— Sous la pleine mer, répliqua mon oncle en se frottant les mains.

— Ainsi, m’écriai-je, l’Océan s’étend au-dessus de notre tête !

— Bah ! Axel, rien de plus naturel ! N’y a-t-il pas à Newcastle des mines de charbon qui s’avancent sous les flots ? »

Le professeur pouvait trouver cette situation fort simple ; mais la pensée de me promener sous la masse des eaux ne laissa pas de me préoccuper. Et cependant, que les plaines et les montagnes de l’Islande fussent suspendues sur notre tête, ou les flots de l’Atlantique, cela différait peu, en somme, du moment que la charpente granitique était solide. Du reste, je m’habituai promptement à cette idée, car le couloir, tantôt droit, tantôt sinueux, capricieux dans ses pentes comme dans ses détours, mais toujours courant au sud-est, et toujours s’enfonçant davantage, nous conduisit rapidement à de grandes profondeurs.

Quatre jours plus tard, le samedi 18 juillet, le soir, nous arrivâmes à une espèce de grotte assez vaste ; mon oncle remit à Hans ses trois rixdales hebdomadaires, et il fut décidé que le lendemain serait un jour de repos.