Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/97

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
87
slaves et germains.

il répugnait à tous procédés qui auraient pu provoquer un conflit.

À la tête de la police marchait le colonel Raguenof, un Russe à tous crins, important fonctionnaire, moins habile que son chef et disposé à voir un ennemi dans tout Livonien, Esthonien ou Courlandais que le lait slave n’avait pas nourri. Âgé d’une cinquantaine d’années, cet homme audacieux, résolu, indomptable policier, ne reculait devant rien, et le gouverneur ne le maîtrisait pas sans peine. Il aurait brisé n’importe quel obstacle si on l’eût laissé faire, et mieux valait user que briser.

Que l’on ne s’étonne pas qu’il y ait lieu de fixer d’un trait plus précis ces personnages. S’ils ne sont pas en vedette, ils jouent cependant un rôle considérable dans ce drame judiciaire auquel les passions politiques, les divergences de nationalité, ont donné un si terrible éclat dans ces provinces.

Après le colonel Raguenof, et par contraste, l’attention doit être attirée sur le major Verder, son subordonné direct au département de la police. Le major est d’origine purement germanique, et, dans l’exercice de ses fonctions, il apporte les exagérations de sa race. Il tient pour les Allemands, comme le colonel tient pour les Slaves. Il poursuit les uns avec acharnement, les autres avec mollesse.

Et, malgré la différence des grades, un conflit éclaterait parfois entre ces deux personnages si le général Gorko n’intervenait dans une sage mesure.

Il faut observer, en outre, que le major Verder était très secondé par le brigadier Eck, que l’on a vu, au début de cette histoire, opérer contre l’évadé des mines de Sibérie. Celui-là n’avait pas besoin d’être encouragé à faire son devoir au cours des expéditions qu’on lui confiait, et même plus que son devoir quand il se lançait sur la piste d’un Slave. Il était aussi très apprécié de MM. Johausen frères, auxquels il avait pu rendre