Ouvrir le menu principal

Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/96

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
86
un drame en livonie.

jouit dans la ville d’une influence considérable et prépondérante.

La famille Johausen est très unie. Les deux frères s’entendent en toutes choses. L’aîné a la direction générale de la maison. Le cadet a en main plus spécialement les bureaux et la comptabilité.

Mme Johausen est une femme quelconque, aussi allemande que possible, mais d’une extrême fierté vis-à-vis de l’élément slave. D’ailleurs, la noblesse rigane lui fait bon accueil, ce qui contribue à entretenir ses instincts de vanité native.

Il suit de là que la famille Johausen tenait le premier rang dans la haute société bourgeoise de la cité, le premier rang aussi dans le monde financier du pays. Au-dehors, elle jouissait d’un crédit exceptionnel à la Banque russe pour le commerce étranger, également avec les banques de Volka-Kama, la Banque d’Escompte et la Banque internationale de Pétersbourg. La liquidation de leurs affaires aurait assuré aux frères Johausen l’une des plus belles fortunes des provinces Baltiques.

Frank Johausen, membre du conseil municipal de la ville et l’un des plus influents, défendait toujours avec une indomptable ténacité les privilèges de sa caste. On admirait, on exaltait en lui le représentant de ces idées enracinées dans l’esprit des hautes classes depuis la conquête. Il devait donc être personnellement visé et touché par ces tendances du gouvernement à russifier ces obstinées races de sang germanique.

Les provinces Baltiques étaient alors administrées par le général Gorko. Personnage de grande intelligence, comprenant les difficultés de son mandat, très prudent dans ses rapports avec la population allemande, il travaillait au triomphe du slavisme, en tâchant d’introduire ces modifications dans les mœurs publiques, sans agir par les moyens brutaux. Ferme mais juste,