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Page:Verne - Un drame en Livonie, illust Benett, 1905.djvu/89

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le kabak de la « croix-rompue ».

Deux ou trois minutes encore, on aurait pu entendre le bruit des pas du cabaretier, tandis qu’il se déshabillait. Puis un craquement plus accentué indiqua qu’il venait de s’étendre sur son lit.

Quelques instants plus tard, tout le monde dormait dans l’auberge, malgré le tumulte des éléments, le vent, la pluie, malgré les longs gémissements de la tempête à travers la sapinière, découronnée de ses hautes branches.

· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · ·

Un peu avant quatre heures du matin, Kroff se leva et, sa lanterne rallumée, rentra dans la grande salle.

Presque au même moment s’ouvrit la porte de la chambre du voyageur.

Celui-ci était habillé et, comme la veille, enveloppé de sa houppelande, son capuchon sur la tête.

« Déjà prêt, monsieur ?… dit Kroff.

— Déjà, répondit le voyageur, qui tenait à la main deux ou trois roubles-papier. Que vous dois-je pour la nuit ?…

— Un rouble, répondit l’aubergiste.

— Voici un rouble, et veuillez m’ouvrir…

À l’instant », répliqua Kroff, après avoir vérifié la valeur du rouble à la lueur de sa lanterne.

Le cabaretier se dirigeait vers la porte, tenant la grosse clef tirée de sa poche, lorsque, s’arrêtant et s’adressant au voyageur :

— Vous ne voulez rien prendre avant de partir ?…

— Rien.

— Ni un verre de vodka, ni un verre de schnaps ?…

— Rien, vous dis-je. Ouvrez vite, je suis pressé.

— Comme il vous plaira. »

Kroff retira de la porte les barres de bois qui la maintenaient à l’intérieur. Puis il introduisit la clef dans la serrure, dont le pêne grinça.